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: Victor Hugo, l'homme engagé

Victor Hugo, l'homme engagé

Comme un grand nombre d'écrivains de son temps, Victor Hugo s'intéresse à la vie politique et y participe.
Pour lui, le poète est un "veilleur"; influencer les gouvernants et l'opinion fait partie de sa mission. Son intense activité d'écriture, loin de le couper de la réalité quotidienne, s'en nourrit bien souvent.

On a pu lui reprocher son soutien au pouvoir en place : légitimiste sous la Restauration, il est pensionné par Louis XVIII, puis par Charles X qui le décore de la Légion d'honneur et l'invite à son sacre (1825) ; le poète écrit une ode en son honneur.
Il est orléaniste sous Louis-Philippe, qui le nomme pair de France (1845).
Sous la IIe République, il devient républicain... Il n'en demeure pas moins fidèle, dans ses écrits, à ses idéaux de justice et de liberté, intervenant parfois publiquement à la Chambre des pairs ou ailleurs.
En juin 1848, s'il n'est pas du côté des insurgés, il intervient contre la répression. Mais c'est seulement à partir de 1849 que Victor Hugo commence à croire en la république comme seule forme de gouvernement permettant l'avancée des idées progressistes.
Élu en mai 1849 à l'Assemblée législative, après avoir soutenu la candidature de Louis Bonaparte à l'élection présidentielle (décembre 1848), il siège avec les conservateurs, mais vote avec la gauche contre les lois réactionnaires réclamées par une majorité de droite de plus en plus extrême.
Il multiplie ses interventions tous azimuts jusqu'au coup d'État du 2 décembre 1851. Entrant alors dans la clandestinité il tente, avec un groupe de députés, d'organiser la résistance. En vain.
Le 11 décembre, sa fuite à Bruxelles marque le début d'un long exil, d'abord contraint ( le décret de proscription tombe en janvier 1852) puis volontaire, après l'amnistie de 1859.

Le poète devient le symbole de la lutte de la République contre l'Empire, prenant position en toute occasion, par voie de presse et dans ses oeuvres en faveur d'une meilleure justice sociale, pour la paix et la liberté des peuples opprimés, contre la peine de mort...

De retour en France au lendemain de la chute de l'Empire, il poursuit ses combats. Député de Paris à l'Assemblée nationale de Bordeaux, il en démissionne après les mesures adoptées contre le peuple de Paris. Il dénonce les atrocités de la répression versaillaise (L'Année terrible) contre la Commune. Au Sénat, où il siège à partir de 1876, il ne cesse de réclamer l'amnistie pleine et entière des communards. Il ne l'obtiendra qu'en 1880.
 

Combat contre la peine de mort

couverture du livre le dernier jour

Le premier de tous les combats de Victor Hugo le plus long, le plus constant, le plus constant, est sans doute celui qu'il mène contre la peine de mort.

Dès l'enfance, il est fortement impressionné par la vision d'un condamné conduit à l'échafaud, sur une place de Burgos, puis, à l'adolescence, par les préparatifs du bourreau dressant la guillotine en place de Grève. Hanté par ce "meurtre judiciaire", il va tenter toute sa vie d'infléchir l'opinion en décrivant l'horreur de l'exécution, sa barbarie, en démontrant l'injustice (les vrais coupables sont la misère et l'ignorance) et l'inefficacité du châtiment.

Utilisant tour à tour sa notoriété d'écrivain et son statut d'homme politique, il met son éloquence au service de cette cause, à travers romans, poèmes, témoignages devant les tribunaux, plaidoiries, discours et votes à la Chambre des pairs, à l'Assemblée puis au Sénat, articles dans la presse européenne et lettres d'intervention en faveur de condamnés.

La toile de fond des combats de Victor Hugo est tissée d'une profonde aspiration à la liberté sous toutes ses formes.

Victor Hugo

Il ne supporte aucune censure, aucune répression.

Lorsque sa pièce Marion Delorme est censurée (1829), il refuse l'augmentation de pension que lui propose Charles X en dédommagement.

Après l'interdiction du Roi s'amuse (1832), il s'élève vigoureusement contre les abus de la censure devant le tribunal de commerce où l'a mené son procès contre le Théâtre-Français, et refuse désormais de toucher sa pension.

Lors de l'insurrection de juin 1848, qu'il n'approuve pas, il s'élève contre la répression brutale de Cavaignac et s'oppose, le 2 septembre, à la prolongation de l'état de siège. La répression versaillaise contre les communards lui paraîtra tout aussi intolérable, bien qu'il ait condamné les excès de la Commune de Paris : L'Année terrible naît des atrocités de la Semaine sanglante.

Hugo approuve les mouvements des nationalités : il intervient le 19 octobre 1849 à l'Assemblée pour protester contre l'envoi de troupes pour rétablir le pape Pie IX dans ses États, alors que, selon lui, la France républicaine se devait de soutenir la République romaine.

Il encourage, en 1863, le combat des Mexicains contre les troupes françaises.

Plus tard, au Sénat, il s'engagera en faveur de l'indépendance serbe.

Se battant pour l'émancipation, Hugo prend conscience du statut inférieur de la femme. En exil, il se montre sensible au sort des femmes proscrites et rend hommage à leur combat ; il réclame pour elles des droits civiques égaux à ceux des hommes.

Les appels d'Hugo en faveur de la paix, son rêve d'une Europe unifiée, découlent de son combat pour le respect des droits de l'homme. Il n'hésite pas cependant à voter contre le traité de paix imposé par l'Allemagne victorieuse qui annexe l'Alsace et la Moselle : "Si cette paix
inexorable se conclut, c'en est fait du repos de l'Europe."

C'est encore au nom de la paix entre les citoyens qu'il réclamera régulièrement après 1871 l'amnistie pour les communards.

Pour une monnaie unique dans une Europe fédérale

Dans un discours prononcé aux proscrits de Jersey, le 24 février 1855, Victor Hugo rêve d'une Europe idéale :

 "le continent serait un seul peuple, les nationalités vivraient de leur vie propre dans la vie commune",

et il imagine

"une monnaie continentale, à double base métallique et fiduciaire, ayant pour point d'appui le capital Europe tout entier et pour moteur l'activité libre de deux cents millions d'hommes, cette monnaie, une, remplacerait et résorberait toutes les absurdes variétés monétaires d'aujourd'hui, effigies de princes, figures des misères".